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Fiche pédagogique La Ferme des animaux

22 Mars 2013 , Rédigé par duluxysurletableau.over-blog.com Publié dans #Parcours Culturel

La Fermes des animaux (1954) 

de John Halas et Joy Batchelor, d'après le livre de George Orwell

 

Publié en 1945 en Angleterre, La Ferme des animaux de George Orwell (1903-1950) revisite la révolution russe de 1917 et la création de l'Union Soviétique qui s'ensuivit par l'intermédiaire de la fable animalière, montrant comment les idées qui en étaient à l'origine ont été transformées et dévoyées. Premier long métrage d'animation britannique, cette adaptation réalisée par John Halas (1912-1995) et Joy Batchelor (1914-1991) garde les dimensions critiques et politiques du roman d'Orwell d'autant plus qu'elle est réalisée pendant la guerre froide : le producteur, Louis de Rochemont (1899-1978), est Américain et il souhaite manifestement effectuer un film anti-soviétique. Ainsi, la noirceur et la violence du récit d'Orwell sont en grande partie conservées, même si la fin du film, ouverte, paraît davantage optimiste : dans le roman, les cochons ne sont pas chassés de la ferme et ils s'entendent finalement fort bien avec les humains et Napoléon, leur chef, décide de donner à la Ferme des animaux son nom originel : la Ferme du Manoir.

 

Des espaces antagonistes

 

La Ferme des animaux s'attache à une oppression (celle des cochons) qui en remplace une autre (celle du fermier) et qui repose, notamment, sur la distinction des espaces occupés par les personnages. Dès la révolte, les cochons se placent du côté de la réflexion, du pouvoir et du bien-être et ils finissent par s'établir dans la maison du fermier. Les autres animaux restent du côté du travail et de la souffrance comme du sacrifice qui en découlent. Très rapidement, la coexistence au sein d'un même espace apparaît problématique : le fermier maltraite les animaux, avant d'être attaqué et chassé par eux et les cochons font ensuite de même avec les autres animaux. Cette coexistence difficile semble parfois se matérialiser au sein des plans par l'espace laissé entre deux groupes de personnages ; il en va ainsi quand Brille-Babil, l'adjoint de Napoléon, se tient face à d'autres animaux et leur annonce que leur chef a décidé de commercer avec l'extérieur et que les poules doivent par conséquent donner tous leurs oeufs. L'importance accordée aux espaces et à ce qui les délimite s'exprime également par la fréquente mise en avant des éléments d'encadrement au sein des décors : murs, portes, fenêtres, clôtures… puis barbelés, casemates… Lorsque la dictature des cochons est bien installée.

                                   Barbelés, chiens, casemates


Un film particulièrement dynamique

 

La noirceur et la violence de l'histoire sont pleinement véhiculées par l'image et le son. Les plans sont assez sombres, notamment lorsque l'action se déroule de nuit et les personnages sont parfois représentés par une silhouette noire ou seulement par leur ombre portée. Les couleurs sont le plus souvent sombres et, sur les décors, ne sont pas réparties de manière uniforme, laissant entrevoir les mouvements de pinceau. Les décors et leur mise en valeur, notamment par l'éclairage, posent bien souvent les ambiances au centre des scènes et ils sont l'un des points forts du film. Quant à la musique, elle souligne les situations et les actions : des sons de tambour sont entendus quand les poules, le mouton et l'oie considérés comme des traîtres sont accompagnés par les chiens en vue d'être exécutés.

La noirceur et la violence ressortent d'autant plus que le film est particulièrement dynamique. Les mouvements de caméra sont extrêmement fréquents : ils permettent de scruter le décor, de suivre des personnages, de recentrer l'action sur certains d'entre eux, mais également de souligner un problème (l'arrivée de Jones le fermier dans la réserve de nourriture dans laquelle les animaux affamés ont pénétré). Parfois, l'image tremble (lorsque le portrait de Napoléon tombe), donne à voir une transformation à vue (quand Napoléon, observé par l'âne Benjamin, devient progressivement M. Jones) ou joue sur le flou (suite à la vision précédente, l'âne ferme ses yeux puis les ouvre de nouveau, ce qu'il voit étant d'abord flou avant de redevenir net). La diversité des angles de prise de vue, en particulier le recours fréquent aux plongées et contre-plongées, contribue pleinement à la luxuriance du film et à son dynamisme, mais elle permet également souvent de souligner la singularité d'une situation ou un rapport de force et, ainsi, d'accentuer la tension au sein du récit. Le montage, volontiers nerveux, utilise des coupes franches comme des figures de liaison (fondus enchaînés et fondus au noir). Si des raccords sur le mouvement prolongent la dynamique d'un geste (Jones s'apprêtant à fouetter les animaux), les fondus enchaînés établissent des rapports de causalité (en liant une situation et sa cause) et permettent d'accélérer la réalisation d'une action comme d'effectuer des ellipses spatio temporelles. Moins fréquents, les fondus au noir interviennent, de manière classique, essentiellement pour débuter ou pour clore des chapitres. Prenant parfois place après un changement conséquent (l'annonce de la réquisition des oeufs des poules ou celle de l'interdiction de chanter), une destruction (celle du moulin) ou le décès d'un personnage (l'assassinat du chat par les chiens, la mort annoncée de Malabar), ils font ressortir ceux-ci.

 

Boris Henry

 

 

 

photo 5 La ferme des animaux




Pistes pédagogiques 

Un dessin animé comme les autres ?

Ce dessin animé ressemble-t-il à ceux que les élèves ont l'habitude de regarder ? On pourra leur poser la question et leur faire remarquer que si, visuellement, il n'est pas très éloigné de l'esthétique des films du studio Disney, il s'en éloigne par la noirceur et la violence qu'il véhicule. Les élèves ont-ils été surpris, voire choqués, 

par celles-ci ? Si oui, pourquoi ?

 


La réalisation du film

La réalisation de ce film a duré de novembre 1951 à avril 1954, soit plus de deux ans. Elle a nécessité une équipe de 80 personnes et 300 000 heures de travail. Ce film est composé de 750 scènes, 1 000 fonds en couleur, 300 000 dessins réalisés à partir de 1 800 dessins initiaux . Les élèves imaginaient-ils qu'autant de personnes, d'heures de travail, de scènes et de dessins étaient nécessaires pour réaliser un dessin animé comme celui-ci 


Le dernier plan du film

Filmé frontalement, le dernier plan du film montre les animaux, le regard sombre, qui s'avancent en direction de la caméra, puis s'arrêtent, l'âne Benjamin paraissant effectuer un regard à la caméra avant de regarder de chaque côté, puis une fermeture au noir clôt ce plan. Ce dernier plan peut suggérer que les animaux sont de nouveau déterminés, voire qu'ils sont encore prêts à se battre, mais, surtout, qu'ils ont retrouvé une véritable unité. Qu'en pensent les élèves ? Imaginent-ils que cette unité va durer ? Selon eux, que vont désormais faire les animaux ? Et quel rôle va jouer l'âne Benjamin ?

 

Le dernier plan du film 

 

 

De quoi parle le film ?

 

Quels thèmes les élèves ont-ils repérés dans le film ?

On pourra leur proposer de travailler notamment sur l'un des thèmes suivants :
 

* La révolte : Pourquoi les animaux se révoltent-ils face au fermierCette révolte les conduit-elle à la liberté ? Si oui, en profitent-ils tous de la même manière ? Cette liberté dure-t-elle longtemps ? Qu'arrive-t-il à ceux qui s'opposent aux décisions des cochons ?

 

* L'exercice du pouvoir : Une fois M. Jones chassé, les animaux dirigent-ils la ferme ensemble ? Comment les cochons parviennent-ils à imposer leur pouvoir ? Celui-ci évolue-t-il ? Les cochons forment-ils un groupe homogène ? Finalement, sont-ils différents des humains ? Le fait d'être eux-mêmes des animaux ne leur permet-il pas d'obtenir davantage des autres animaux que ne le pouvait le fermier ?


 Napoléon entouré de cochons venus de loin


Lien

L'affiche, le dossier de presse, des articles et des photos du film sont téléchargeables sur le site Internet du distributeur : http://www.malavidafilms.com/cinema/lafermedesanimaux

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