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Fiche pédagogique le Roi et l'oiseau

5 Novembre 2013 , Rédigé par duluxysurletableau.over-blog.com Publié dans #Parcours Culturel

Fiche pédagogique le Roi et l'oiseau

Avant de devenir un film incontournable et l'un des grands classiques du cinéma d'animation, Le Roi et l'Oiseau a connu une élaboration complexe et problématique.

D'abord décorateur dans un magasin, Paul Grimault (1905-1994) débute dans le cinéma dans les années 30 en réalisant des films publicitaires, puis dans le cinéma d'animation en 1935 et il co-fonde en 1936, avec André Sarrut, la société de production Les Gémeaux. Au fil des années, celle-ci devient le premier studio de dessin animé européen.


Un film qui revient de loin

À la fin des années 40 est mis en chantier La Bergère et le Ramoneur, conçu pour être le premier long métrage de dessin animé réalisé en France. Suite à divers problèmes - est manifestement reproché au cinéaste d'être trop perfectionniste et de cela découlerait le coût élevé du film -, la réalisation est retirée à Paul Grimault en 1950, avant même que le film ne soit achevé. Terminé par quelqu'un d'autre, le film sort sur les écrans français en mai 1953, mais est désavoué par Paul Grimault et par son co-scénariste Jacques Prévert. Les années suivantes, Grimault continue de réaliser des courts métrages. Après avoir cherché de l'argent durant près de trente ans afin de reprendre La Bergère et le Ramoneur, il peut enfin effectuer cela de 1977 à 1979, réalisant les modifications qu'il souhaitait - introduisant notamment le personnage du petit clown - et le film devient Le Roi et l'Oiseau. Ce dernier reçoit le prix Louis-Delluc en 1979 et, sorti dans les salles de cinéma en mars 1980, est un succès.

Intemporel - car il a été créé à deux époques différentes ? -, Le Roi et l'Oiseau est un film remarquable, à voir et revoir, qui demeure une œuvre surprenante et marquante, porteuse d'une grande poésie, mais également d'une certaine cruauté et d'une touchante mélancolie. 

   

Un récit à la croisée des genres

Le film débute par un plan - sur lequel s'inscrit le générique d'ouverture - représentant ce qui paraît être un champ de ruines. L'Oiseau entre dans le cadre, observe les lieux, puis s'adresse au spectateur pour lui signaler que l'histoire qui va être contée est « absolument vé-ri-dique » puisqu'elle lui est arrivée et un fondu enchaîné fait apparaître derrière lui le palais du royaume de Takicardie.

Cette présentation suggère que l'essentiel du récit sera constitué par un flash-back conduisant à cette situation initiale et, ainsi, à la destruction du palais apparu derrière l'oiseau. Effectivement, le récit qui suit donne à voir cela.

Il décrit la vie quotidienne dans un royaume où tout tourne autour du monarque, de ses désirs et de ses craintes, toute initiative personnelle n'allant pas dans le sens voulu étant immédiatement réprimée. L'amour qu'éprouvent l'un pour l'autre la Bergère et le Ramoneur est ainsi perçu comme inacceptable puisque le Roi souhaite épouser la jeune femme. Et lorsque les deux amoureux parviennent à quitter les tableaux sur lesquels ils sont peints, puis l'appartement privé du roi et, ainsi, qu'ils se dirigent vers la liberté, une chasse à l'homme s'engage inévitablement.

Par sa description très précise du fonctionnement d'une dictature - décisions prises par le seul chef, culte de la personnalité, omniprésence de la police, élimination des opposants comme des proches qui en savent trop, recours à une force disproportionnée (ici par l'emploi du robot)… -, Le Roi et l'Oiseau est un pamphlet toujours aussi vif. Par l'histoire d'amour en apparence impossible qui est en son centre, ce film peut aussi être perçu comme une œuvre romantique. Et, par la fuite des amoureux, la longue course poursuite qui s'ensuit et les acrobaties qu'elle contient, ce film n'a rien à envier à bien des films d'action. Enfin, il contient un humour décalé (véhiculé notamment par les dialogues) et un sens du gag - y compris du gag macabre : les disparitions à répétition, le chien qui joue avec la perruque du peintre tout juste éliminé - qui le rattachent au cinéma burlesque.
 

Représentation, reflet, double

Le peintre qui réalise le portrait du Roi représente entièrement celui-ci avant de s'attaquer à ses yeux et, après avoir hésité, les peint finalement comme ils sont : louchant. Une fois le peintre éliminé, le Roi retouche son portrait et en modifie le regard, puis s'observe dans un miroir, louche et brise finalement cet objet - car il lui renvoie, lui aussi, son reflet tel qu'il est ? Ensuite, le Ramoneur comme la Bergère sortent du tableau sur lequel ils sont peints et ils sont suivis par le portrait du Roi qui s'anime à son tour. Ce dernier rencontre le Roi, l'élimine et prend sa place ; le nouveau Roi n'est donc qu'une représentation du précédent, mais il agit exactement comme celui-ci.

La représentation, le reflet et le double sont au centre du récit. Ils véhiculent la réflexion - courant durant tout le film - sur l'être et le paraître, la vie et l'amour qui, après avoir été mis sous clé, triomphent finalement. Ici, des êtres peints peuvent s'animer, sembler plus vivants que les êtres vivants et contribuer à faire changer les choses.

La question de la représentation en charrie une autre : celle de la nomination. Ne sachant pas ce qu'est un oiseau, les habitants des bas-fonds du palais pensent que l'Oiseau comme les animaux qui l'accompagnent (lions, tigres, ours…) sont des volatiles, mais cela n'empêche pas une vieille femme de dire : « C'est curieux… Je les voyais pas du tout comme ça, moi, les oiseaux. »

  

Des partis pris filmiques variés

Si l'Oiseau introduit le récit et apparaît ainsi comme en étant le narrateur, il n'est par la suite plus vu tenant ce rôle. Au fil des scènes, des plans donnent à voir le regard de l'un des personnages (l'Oiseau, le Roi, la Bergère, le Ramoneur, un domestique et un policier qui regardent respectivement par le trou d'une serrure et à travers une lunette…). Ces regards en caméra subjective sont parfois l'occasion de gags visuels : le roi louche et cela le conduit à voir trois oisillons en lieu et place de celui qu'il cherche à chasser.

Si les fréquents déplacements des personnages s'effectuent parfois dans des plans fixes, il n'est pas rare que des mouvements de caméra permettent de les saisir, le film étant par ailleurs assez riche en mouvements de caméra.

Immense et fort élevé, le palais du Roi donne lieu à d'impressionnantes plongées et contre-plongées qui accentuent l'aspect imposant des lieux, comme la sensation de danger qu'ils inspirent (lors de la course poursuite dans les escaliers, quand le Ramoneur va être placé dans la fosse où se trouvent les lions…).

Enfin, côté montage, si les plans sont essentiellement montés en coupes franches (cuts), le film contient quelque fondus enchaînés et au noir, figures de liaison qui permettent d'effectuer une ellipse ou de marquer la fin d'un chapitre.

Boris Henry

 

Pistes pédagogiques
 

Jacques Prévert (1900-1977)
Ce film peut être l'occasion de parler de Jacques Prévert, du poète comme du scénariste. Prévert a écrit le scénario d'une cinquantaine de films, dont celui du Crime de Monsieur Lange (1936) de Jean Renoir et ceux de films de Marcel Carné : Drôle de drame (1937), Quai des brumes (1938), Le jour se lève (1939), Les visiteurs du soir (1942), Les Enfants du paradis (1945)… Il co-écrit avec Paul Grimault les scénarios du Petit soldat (1947), de La Bergère et le ramoneur (1952) - tous deux d'après un conte d'Andersen -, du Diamant (1970) et du Chien mélomane (1973), mais il meurt avant l'achèvement du Roi et l'Oiseau (1980) qui lui est dédié. Et Paul Grimault dessine les décors du Petit Claus et le grand Claus (1964), téléfilm de Pierre Prévert sur un scénario de son frère Jacques, là aussi d'après un conte d'Andersen.

Dans Le Roi et l'Oiseau, les dialogues sont de Jacques Prévert et ils en portent la marque. On reconnaîtra ainsi plusieurs inventaires dont il avait le secret. On pourra travailler sur ces derniers et notamment sur celui annonçant et détaillant ce qui se trouve aux différents étages du palais (de 6’44” à 7’58” sur le DVD), puis faire le lien avec des poèmes tels qu'« Inventaire » (publié dans le recueil Paroles). 

 

Des références à des artistes, des œuvres, des lieux…

  

  

Le Roi et l'Oiseau contient plusieurs clins d'œil à des artistes et à des œuvres célèbres. 

 

Des tableaux et des sculptures

La pièce du palais dans laquelle le nouveau peintre officiel effectue le portrait du Roi comprend plusieurs tableaux, dont des reproductions du Syndic de la guilde des drapiers (1662) de Rembrandt et du Joueur de fifre (1866) d'Édouard Manet. Le couloir dans lequel le Roi fait disparaître le peintre est décoré de plusieurs portraits du monarque effectués à la manière de Pablo Picasso. À la fin du film, lorsque le robot est assis sur le tas de ruines, sa position est celle du Penseur (1902), la célèbre sculpture d'Auguste Rodin.
 

Le palais du Roi

La structuration du palais (la partie basse avec les pauvres et la partie haute avec les riches), comme la présence d'un robot peuvent évoquer le film Metropolis (1927) de Fritz Lang. Par sa dimension imposante, mais surtout par son étagement et par certaines de ses composantes (la présence d'un zoo), ce palais rappelle le château d'une centaine de pièces (Hearst Castle) que le magnat de la presse William Randolph Hearst (1863-1951) a fait construire dans les années 20 à San Simeon en Californie.
 

La caractérisation des policiers

Les policiers font l'objet de nombreux gags, rappelant ainsi les « Cops » (soit « Flics ») des films burlesques : des Keystone Cops de Mack Sennett à ceux au centre du court métrage Cops (1922) d'Edward F. Cline et Buster Keaton.


Un Roi qui en rappelle d'autres

Le nom même du Roi, Charles V et Trois font Huit et Huit font Seize, évoque évidemment celui de différents rois de France portant le prénom Charles (parmi lesquels Charles VII et Charles X), le nombre accolé rappelant lui Louis XVI, suggérant que le Roi va connaître la même fin que ce monarque. Le style du personnel et des courtisans aperçus dans le palais mélange manifestement différentes époques, mais les perruques comme les flatteries font penser à la cour de Louis XIV. Enfin, par sa manière de régner et son sens aiguisé de la paranoïa, le Roi est proche de bien des tyrans, mais l'élimination directe de personnes de son entourage le rapproche d'un Joseph Staline. 

 

Le dernier plan du film

  

Dans le dernier plan du film, la main du robot - alors dirigé par l'Oiseau - plie ses doigts et, d'un poing ferme, écrase la cage de laquelle elle vient de faire sortir l'oisillon, puis reste posée sur le sol. Ce plan se ferme au noir, noir sur lequel débute le générique de fin du film.

Comment les élèves perçoivent-ils cette fin ? Que leur suggère-t-elle ? La cage écrasée, pensent-ils que la liberté va désormais régner ? Les différents habitants du royaume de Takicardie seront-ils égaux ? Qu'advient-il du robot ? Il reste définitivement immobile ? Il se remet en marche ? Il continue à être contrôlé par l'Oiseau ? Il reconstruit le royaume ?

Lien

L'affiche, un document pédagogique, le dossier de presse, des photos du film et des articles sont téléchargeables sur le site Internet du distributeur :

http://www.sddistribution.fr/fiche.php?id=85

 

 

Fiche pédagogique le Roi et l'oiseau

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